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Je me suis mariée le quinze novembre, d’une certaine année.
Un vent glacial soufflait sur Paris et pénétrait mon coeur.
Cet homme fier, aux cheveux noirs qui m’était destiné,
Faisait frémir mon corps , d’angoisse et de terreur...

Il était dur et brutal ... j’étais si mal aimé
Prête à tout supporter : les enfants, et le pire.
Un soir dans un salon, ton regard m’a croisé,
Je tremblais comme une feuille devant toi, Sire.

Lahorie, cher ami, sensible amoureux et sincère
Tu posas pour la vie, tes yeux bleus d’outremer
Sur moi : petite, humble Sophie qui était déjà mère
Prête à t’aimer pourtant, d’un feu défiant l’enfer...

Souvent mon mari s’absentait, militaire de métier
En Corse, en Italie pour des années entières ;
Armé par le gouvernement dont il était le pilier ;
Toi, mon amant, tu n’avais pour arme : que la prière !

En février mil huit cent deux, je mis au monde :
Petit Victor, le fruit de nos amours profondes
Le général Hugo accepta que tu fus le parrain
Ce qui renforça encore plus, nos doux liens.

Il fallait te cacher, tu étais poursuivit, tes amis arrêtés.
Ma vie devient un grand souci ... mon amour menacé.
Une joie : la jeune tête de Victor blonde et bouclée,
Mon enfant aux yeux bleus de son père tant aimé ...

Tu as vécu prés de nous une dizaine d’année
Veillant les premiers pas, l’instruction de ton fils
Pour lui nous étions prêts à tous les sacrifices...
L’échec... le coup d’état...tu fus arrêté... fusillé !

Ceci sonna le glas de mon unique amour...
Je voyais en Victor ton sourire, ton humour,
La finesse de tes traits, l’intelligence, l’esprit,
En lui, j’ai puisé mes dernières forces de vie ...

 

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